LA REALITE SELON PLATON

À travers les œuvres de Platon se dégage une doctrine des idées que nous pouvons scinder en deux thèses: la dualité de la réalité et l’immortalité de l’Âme.

La dualité de la réalité
Platon nous dit qu’il faut distinguer le monde des apparences sensibles, changeant, insaisissable et en perpétuel mouvement, du monde intelligible, celui dans le quel les idées sont éternelles et immuables qui est en fait le vrai monde ; le lieu du Vrai en soi. Le monde des idées est donc l’endroit où se situent les modèles dans toute leur pureté, c’est le monde du Vrai et du Bien et d’où procède toute chose. Par opposition au monde sensible, qui n’est que la matérialisation du monde des idées et en cela voue à la dégradation et à l’imperfection. Ce dernier monde ne doit sa réalité qu’à sa participation au monde intelligible dont il est la copie étant, bien entendu que l’imitation ne peut avoir le même degré d’être que le modèle. Platon distingue alors la réalité telle qu’elle nous apparaît de ce qu’elle est en réalité. L’idée est issue de la pensée sert de modèle pour connaître et agir sur le monde des sens. Ainsi la table en bois que je vois a été l’œuvre d’un artisan à partir d’un modèle idéal d’une table. Ce modèle idéal de la table vient du monde intelligible et existe indépendamment de toute matière, il est éternel et immuable et ne saurait être confondu avec la réalité de la table ou autre. Ces idées donc modèles immuables possèdent leur propre définition et essence qui doivent être dissocié de leur réalisation concrète dans le monde sensible; ces réalisations étant toujours des copies imparfaites puisque soumises à la réalité du temps, de la pression, de la température, bref du physique.
Dans cette analyse, Platon va distinguer ce qu’il appelle impressions sensibles qui sont les mouvements provoqués dans le corps par les objets extérieurs au moyen des sens, et les sensations qui sont les jugements de l’âme sur les objets qui l’entourent. Il conclut en toute logique que les impressions sensibles ne conduit pas au vrai et que seule l’âme à la capacité de l’atteindre. Reprenant une idée chère à Héraclite « tu ne te baigneras jamais deux fois dans un même fleuve. », Platon nous fait comprendre que le monde sensible est en perpétuel mouvement et par conséquent indigne de confiance.
L’Âme est donc en mesure de découvrir les formes de pensée qui lui permet d’exercer ses Facultés dont le plus important est l’intellect. C’est intellect, le plus noble des facultés de l’Âme conduit l’Être aux Vertus et au Bien. Et c’est sur cette question de vertu et de Bien que s’articule la philosophie politique de Platon qui est comme nous l’avons mentionné plus tôt la science par excellence. La politique étant pour lui la science du Bien ayant pour but de prendre soin des Âmes des citoyens de la cité par l’éducation. En clair dans la cité idéale tous citoyens devraient être en mesure selon leur tache à s’élever dans le monde des idées afin de découvrir le Vrai, le Beau, le Bien et de redescendre de ce monde et l’appliquer dans le monde sensible dans les taches quotidiennes. À travers L’allégorie de la caverne (La République livre VII, 512a-515b) Platon nous montre la condition humaine; par la bouche de Socrate, il décrit l’ignorance de l’humanité qui est dû à notre éducation à nos traditions et en fait nous rendent prisonniers des apparences du monde sensible. Connaître alors revient à s’affranchir de la fascination des ombres et image de la caverne, de l’illusion et de l’ignorance et permettre à l’âme de s’élever afin de saisir et de contempler ce qui est véritable dans le seul monde où cela est possible. On ne peut cependant pas ce qu’est l’âme qu’il qualifie d’immortel.

L’immortalité de l’Âme.
Cette théorie indubitablement demande à ce que l’on sache ce que Platon défini par l’âme; en effet, si on recherche la vérité c’est donc qu’on ne la connaît pas, le bon sens voudrait que l’on se base sur l’éducation, les expériences du monde sensible à la recherche de cette vérité. Or pour Platon, l’on ne peut se baser sur ce monde sensible pour déceler la vérité absolue puisque ce monde est imparfait et plein d’illusion, en clair l’absolu, ne peut naître du relatif, ni l’infini dans le temporel. S’il en est ainsi alors comment l’Âme sait-elle que cette vérité est le Vrai, que cette beauté est Beau, que cette bonté est Bon? Comment donc l’humain sortira-il de la caverne par le seul pouvoir de l’âme et sans sonder préalablement une expérience personnelle ou collective du monde sensible ?
Dans Phédon, Platon apporte lui-même des réponses. L’âme serait selon lui immortel et à connaissance de tout, dans sa chute pour s’attacher à un corps, elle a oublié ce qu’elle savait depuis toujours. Attaché à un corps, l’âme se cache derrière nos perceptions sensorielles qui sont la base de toute réflexion humaine. Il importe donc de libérer l’âme des contraintes corporelles qui l’empêche d’accéder au cheminement dialectique de connaissance des vérités intelligibles. Cela est si bien dit dans Phédon (65d) « …Mais l’âme ne raisonne jamais mieux que quand rien ne la trouble, ni l’ouïe, ni la vue, ni la douleur, ni quelque plaisir, mais qu’au contraire, elle s’isole plus complètement en elle-même en envoyant promener le corps et qu’elle rompt autant qu’elle peut tout commerce et tout contact avec lui pour essayer de saisir le réel…. ».À cette définition de l’âme, Platon nous dit que l’âme comporte trois parties. Et chaque partie de l’âme a sa fonction et doit avoir sa vertu auquel s’ajoute une quatrième vertu qui n’est autre que la synthèse des trois précédents. La première, l’epithymia, ou désir sensible réside dans le ventre et représente le mouvement de l’âme qui a pour but la satisfaction de la vie animale, elle referme en elle plusieurs désirs sensibles dont les plus fort sont la faim, la soif et la sexualité. L’épithymia a pour vertu la tempérance ou la modération. À cette première partie s’ajoute le nous ou encore la tête, c’est la partie de l’âme qui raisonne et dont la finalité n’est autre que la maîtrise de soi, c’est elle qui combat l’appétit dans l’homme. Le nous a pour vertu la sagesse et c’est justement cette sagesse qui l’attache au bien et à la vérité, Platon qualifiera la sagesse comme étant le pilote de l’homme. Et enfin la troisième partie, le Tymos, ou le cœur réside dans la poitrine. Il est à cheval entre les deux précédents même s’il semble par nature plus proche du premier. Il n’est ni tumultueux ni raisonnable. Selon l’éducation qu’on lui donne il s’alliera à la raison et deviendra l’enthousiasme ou alors il s’alliera au désir sensible et deviendra l’irritation. La vertu du Tymos est le courage qui permet de lutter contre les désirs intérieurs pour ainsi accorder à la raison la suprématie qui lui est dû. La quatrième vertu n’est autre que la justice. Est juste celui qui est tempérant, courageux et sage. ?
Aux trois parties de l’âme s’ajoutent les trois classes de la cité. Pour Platon la cité idéale est composée des trois classes. Á la tête se trouvent les philosophes qui jouent en fait le rôle de magistrat et qui ont pour fonction la gouvernance de la cité, après vient la classe des soldats qui représentent la volonté et qui sous les ordres des magistrats ont pour but de protéger la cité. Au bas de l’échelle on retrouve la classe des ouvriers, qui sous les ordres des autres instances, se charge de produire les biens dont la société a besoin. Pour que la société fonctionne bien il faut que chacun occupe la place qui convient le plus à ses aptitudes. Le bon fonctionnement de la société exige que non seulement chacun ait un poste mais que ce poste soit conforme à ses inclinaisons profondes. Celui ce distingue par sa raison ne pourrait devenir soldat mais magistrat. La cité est donc à plusieurs égards comparables à l’Âme et fait appel à une classification d’homme selon les vertus qu’ils possèdent. Aux magistrats correspond la vertu de la raison, aux soldats, le courage et à la classe ouvrière le désir.

De cette philosophie nait une conception de l’éthique qui va être différente de celle de la conception populaire de son temps. En effet, Platon ne croit pas que l’éthique puisse être fondée sur des normes sociales. L’éthique prend une vision plus individualiste, et s’articule autour de l’idée que la vertu est fondée sur la connaissance. Le bien et la connaissance du bien constituent la base de toutes décisions qui se veut morale. Naturellement vient la conclusion dont quiconque agit d’une façon immorale le fait par ignorance, puisque Platon est convaincu que l’homme moral est heureux et que tout individu qui aspire à son propre bonheur désire sans cesse agir de manière vertueuse. Les normes sociétaires ne sauraient imposer une forme d’éthique car elles sont soient l’œuvre d’une personne dans le cas d’un régime tyrannique, soit elles sont alors issues de l’intérêt de la majorité dans un régime démocratique. Il faut noter que Platon ne plaçait aucun de ces deux régimes en haute estime, il revient à enseigner à l’individu que c’est dans le dialogue profond avec soi et avec les autres que les croyances morales de l’individu et la cité peuvent être découverte. Et comme il l’a enseigne il faut que l’homme se libère de ses sens et accède à la vérité par l’élévation de l’âme afin de découvrir le bonheur. Cette conception de l’éthique est basée sur un développement personnel, à l’instar de Socrate son maître, Platon nous fait savoir qu’une action éthique se justifie d’elle-même car elle est toujours en harmonie avec son auteur. Il devient donc clair que ce n’est plus la société, ni un conseil quelconque de sage, ni même le tyran qui planifierait comment devrait être une action éthique mais c’est l’individu. Cette harmonie dont il parle ne serait pas atteinte si l’individu se perdait dans la recherche de biens matériels qui rappelons le, n’excite que les sens, il faut nécessairement cultiver les trois vertus de l’âme afin d’accéder au quatrième qui est l’harmonie. L’éthique pour revenir à sa définition est la branche de la philosophie qui se donne pour but d’indiquer comment les humains doivent se comporter agir et être entre eux et envers ce qui les entourent ; ce que Platon nous dit à travers sa philosophie est que « le comment agir ? » dépend de chaque personne. Du moment que vous posez un acte et que vous n’éprouvez pas un sentiment qui déroute votre harmonie, l’acte est acceptable d’un point de vue éthique. L’éthique est individuelle et ne saurait avoir une base collective, il revient à toute personne d’atteindre ce degré d’harmonie et de la conserver justement en posant des actes qui ne détruiront pas l’harmonie. Il importe à présent de voir comment s’inscrit cette philosophie de Platon dans les grands courants de la philosophie qui ont marqué l’humanité.


Archive pour mars, 2010

Les enjeux éthiques du dépistage prénatal de la trisomie 21.

Le rapport présenté au Commissaire de la Santé et du Bien Etre (Québec) sur le dépistage du syndrome de Down soulève plus questions éthiques qu’il ne parait. Nous essayerons de comprendre pourquoi le gouvernement a privilégié le choix de la Trisomie 21 ( qui pourtant représente seulement 1,3 pour 1000 naissances) au détriment d’autres anomalies génétiques prenatales. L’un des aboutissements du dépistage étant l’avortement du fœtus susceptible d’être atteint par cette condition, une question éthique d’importance se pose donc à la société: qu’est ce qui doit motiver le consentement de la femme enceinte ou du couple, dans l’acceptation ou le refus du test? La mise à mort d’un être en devenir pour cause d’imperfection génétique, est la finalité du dépistage, alors quel est genre d’humain la société veut-elle promouvoir ? qu’est ce qu’on fait des cas de trisomiques existants ?
La naissance d’un enfant est un projet que tout couple aimerait voir se réaliser le plus parfaitement possible, singulariser le dépistage de la trisomie 21 et le généraliser à toutes les femmes enceintes ne pourrait que montrer le souci de l’autorité de la santé publique d’aider ces femmes dans la réalisation ce projet. Mais aussi, singulariser ce dépistage parmi la pléthore de maladies génétiques prénatales dépistables pose une autre question celle de l’eugénisme étatique. Le rôle du ministère de la santé publique est de mettre en place une politique de santé qui améliore la qualité de vie des citoyens. Est ce qu’on peut dans ce rôle, suggérer ou même contraindre la société à définir un type d’humain que l’on croit meilleur ou supérieur ? En d’autres termes est ce que la santé publique doit définir par son rôle le genre d’homme que doit contenir la société? La question est d’autant plus importante que le dépistage en question n’entraîne ni de prévention, ni de traitement, on se retrouve face au choix de mettre fin à la grossesse ou de laisser le projet continuer. Le dépistage même n’est pas fiable et il faut, face à cette incertitude faire l’aminocentese avec le risque même de perdre le fœtus suspecté pour s’assurer de la fiabilité des résultats ( le niveau de risque : moins de 1%). Il n’y a pas urgence en la matière surtout que 9 sur 10 enfants trisomiques vivent dans leur famille et que tout se passe généralement bien. Cette motivation semble prendre sa source dans une conjugaison de deux facteurs. Le premier est que les soins relatifs aux enfants trisomiques semblent coûteux et une réduction des coûts passe par la réduction sinon suppression des naissances d’enfants trisomiques. Le deuxième facteur est une conséquence du premier. Les personnes trisomiques représentent un poids financier à la société dans sa globalité car ils sont improductifs et doivent être assistées financièrement. Le dépistage de la trisomie 21 n’est alors qu’un prélude à un eugénisme étatique.
Au-delà de ce dépistage nous devons voir aussi la conception de l’idéal humain que notre société recherche. De plus en plus notre société fait l’éloge de la performance au détriment de l’idéal des valeurs. L’intelligence, la réussite sociale, et le physique parfait supplantent l’amour, la compassion et le handicap. Dans cette logique, voir naître un enfant trisomique est un événement qui rend perplexe puisque ses chances d’atteindre les aspirations de la société sont presque nulles. Nous disons que la problématique est plutôt de réfléchir sur les valeurs que nous voulons promouvoir en tant que société. Maintenant que le dépistage existe, devrions-nous voir en la naissance d’un enfant trisomique un choix libre et éclairé de la part de ses parents ou une erreur de jugement grave et coupable. Nous pensons qu’il faut aller au-delà de la trisomie pour voir ce que pense la société sur les critères d’humain acceptable.
Le choix véritable soumis aux couples qui font face à la probabilité d’enfanter un enfant trisomique est: voulez-vous être soumis au regard réprobateur de la société ou la compassion de celle-ci ? Regard réprobateur et inquisiteur de la société parce que le test existe, vous le saviez pertinemment, c’est donc votre faute si vous vous retrouvez cette situation. La compassion de la société dans le sens où c’est un projet de vie à laquelle vous aviez tout donné, mais la nature a opté pour quelque chose qui n’est ni prévu ni viable, elle fait si mal les choses des fois, et l’on vous comprend, ce n’est pas de votre faute. Ces situations illustrent le vrai dilemme de la femme enceinte. Comment peut on alors parler de consentement libre et éclairé si dans les deux cas le choix est conditionné aux regards de la société si juridiquement le consentement est libre et éclairé du moment où la personne a toute les informations justes et équitables et sans équivoque lui permettant de faire un choix sans entrave, le cas présent montre les limites que peuvent constituer la pression sociétale.
Nous savons tous que la technologie a pour but de rendre notre vie meilleure, et le dépistage de la trisomie 21 adhère à ce but. L’enjeu ici n’est pas de savoir si on veut un enfant “parfait” ou tout simplement “normal” car cela va de soi, mais de voir si on a tout ce qu’il faut pour désirer un enfant quelles que soient ses imperfections (Ici je me refuse d’envisager que des parents ne se sentent tout simplement pas incapables de vivre avec un enfant trisomique. mais je reviendrai sur cette position et sa problématique dans la troisième partie). Le consentement, est-il assez éclairé et dénué de toute pression pour permettre un choix libre et sans équivoque ? Cela revient alors à voir dans le dépistage un acte banal par lequel on se prépare soit, à accueillir un enfant en parfaite santé soit on commence à réunir les conditions pour rendre le plus agréable possible la naissance et la vie d’un enfant trisomique.

Friedrich Nietzsche et sa morale

Friedrich Nietzsche est né à Rocken (Prusse) aujourd’hui Allemangne le 15 Octobre 1844, il eut un frère Ludwig Joseph et une sœur Elisabeth. Il est issu d’une famille pieuse qui appartient à une longue tradition baptiste luthérienne. Son père Karl Ludwig était pasteur comme son père et sa mère Franziska Oehler fille d’un pasteur. C’est dans cet atmosphère de piété religieuse que se passera l’enfance de Nietzsche. Une enfance qui ne fut sans doute pas très gaie puisque son père de santé fragile mourra en 1849 non sans avoir inculqué à Nietzsche le goût de la poésie et de la musique, et son frère le suivit en 1850. À l’âge de 6ans, Nietzsche avait déjà perdu deux êtres chers: son père et son frère. Cette situation de tragédie et de solitude l’affecta beaucoup malgré son jeune age. Nietzsche passa sa jeunesse dans un milieu strictement féminin entouré par sa mère, sa sœur, sa grande mère, et ses tantes. Élève doué et très intelligent, il s’adonne à la musique et à l’écriture très tôt dans sa jeunesse et composa même quelques pièces pour piano. En 1864 il commença à Bonn ses études en théologie et en philologie, mais Nietzsche n’a en ce moment qu’une passion, la philosophie. Il abandonna l’année suivante (1865) ses études en théologie pour se consacrer uniquement à la philologie. Il devient professeur à l’université de Bale à 25 ans avant même d’avoir eut son doctorat tant il était plein de génie. Cependant il ne conservera pas longtemps ce poste certainement à cause de ses terribles migraines qui sont préludes à une longue et pénible maladie qui aboutira au mutisme et à la démence. Nietzsche a laissé beaucoup d’ouvrages repartis généralement en deux catégories. Les écrits de jeunesse (1858-1864) dans lesquels le jeune Nietzsche exalte la grandeur de la morale, l’amour et la justice sont des recueils pour la plupart des essais, des poèmes et des journaux intimes. Dans ces écrits de jeunesse, on note les influences de Schopenhauer et Wagner jusque dans le style. On est bien loin du Nietzsche accompli qui va adopter son propre style et une philosophie bien différente de ces derniers, on peut citer: la liberté de la volonté (1862), sur les tonalités de l’Ame (1864) et Au dieu inconnu (1864). Les écrits du philosophe mature sont constitués d’Aphorisme, récits courts et percutants, les mots choisis sont vifs, ne laissent pas indifférents et imposent une réflexion. Parmi ses oeuvres, nous citerons: Humain, trop humain (1878) Aurore (1881) Le gai savoir (1882) Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885), par-delà le bien et le mal (1886), Généalogie de la morale (1887), le crépuscule des idoles (1888 publié en 1889) L’Antéchrist (1888 publié en1894), Ecce homo (1888 publié en 1908).
Ce qu’apporte ce philosophe du 20e siècle n’est pas le rationalisme mais une philosophie basée sur le courage, la soif de la perfection et du dépassement de soi. Philologue, Nietzsche a été dans ses études de philologie, influencé par la culture et la réflexion de la Grèce antique. De ces philosophes grecs, il s’oppose à Socrate qui selon lui, propose une dictature du logos en n’étant lui-même qu’un porte-parole de personnes pleines de ressentiment. Il va rejeter tout de Socrate et de son élève Platon d’où sa fameuse phrase « Avec Socrate c’est trop tard ». La dialectique, voie d’enseignement de ce dernier sera critiquée et il va privilégier la prose, les citations et l’aphorisme comme mode de transmission de sa philosophie. En revanche, il loue l’intelligence des présocratiques qui ont inventé selon lui les grands types de la pensée philosophique. Mais au-delà des influences de la Grèce antique, c’est « le monde comme volonté et comme représentation » du Philosophe allemand Arthur Schopenhauer qui va bouleverser ses références et lui permettre de se redéfinir en cherchant l’origine des choses, même s’il se brouillera plus tard avec Schopenhauer lui reprochant son pessimisme. Arthur Wagner ce musicien de talent constituait aussi une source d’inspiration à Nietzsche par la puissance musicale et le sens grandiose de ses arts de scène, mais il se brouillera aussi avec lui en lui reprochant de sombrer le superficiel. C’est dans la généalogie que se trouve selon lui le rapport entre le passé et le présent, et nous comprendre, ou comprendre le sens de nos valeurs, revient donc à chercher la source de nos valeurs. Dans la généalogie de la morale Nietzsche revient à l’origine de ce que nous considérons comme valeur morale. Loin d’être, une simple spéculation ou un simple point d’interrogation, le problème de la valeur, de la pitié et de la morale devient pour lui un questionnement sur la valeur même de ses valeurs. Pourquoi nous sentons-nous obligés d’être bon? quelle était la nature primordiale ou l’explication première de cette vertu que nous appelons morale? Pour comprendre la morale il faut revisiter le passé, voir l’essence de ce qui a conduit à cette valeur; en somme, il faut analyser au risque de choquer, la généalogie de cette morale.
Dans le cadre de ce travail nous essayerons dans un premier temps de comprendre ce qu’est la morale pour Nietzsche et ensuite les critiques que soulève cette vision de la morale.

A- La morale chez Nietzsche.

Pour bien comprendre ce qu’est la morale pour Nietzsche, il faut nécessairement que nous revisitions comme il l’a fait les racines de cette valeur. Il faut faire la généalogie de la morale, mais ses pensées sur la morale ou l’éthique dépassent le cadre de cet essai d’où la nécessitée aussi d’étudier la philosophie morale de Nietzsche. Bien avant cela, situons l’homme et son oeuvre dans le contexte philosophique de l’époque.

- L’homme et son œuvre dans le contexte philosophique.

La seconde partie du 19 eme siècle est une période remarquable sur tous les plans à cause de la révolution industrielle qui bat son plein et qui transformera le visage européen. La connaissance scientifique permet une évolution sans précédent dans les domaines de la physique, la mécanique, la médecine, l’économie etc. et son application donne lieu à plusieurs inventions. De nombreuses perspectives de bonheur de par ses nouvelles inventions semblent s’ouvrir à l’humanité. Cet élan nouveau se manifeste sur tous les plans et une idéologie de progrès et de conquête s’installe avec l’apparition des grands empires coloniaux (conférence de Berlin en 1884). En Allemagne, Bismarck devient chancelier en 1862 et gagne la guerre contre la France, guerre à laquelle Nietzsche participe. Cette époque de croissance et de connaissance accouche de nouvelles idées qui ne s’accommodent plus avec le pessimisme de la pensée chrétienne. Sur le plan des idées, beaucoup de courants se développent; l’idéalisme allemand, comme celle de Schopenhauer qui reprend ce qui semble intéressant dans la pensée de Kant tout en rejetant ses approches métaphysiques jugées dépassées. Le Positivisme d’Auguste Comte essaie d’analyser les spéculations métaphysiques jugées abstraites et établir les critères rationnels du savoir. En Angleterre, Bentham et Mill développent l’utilitarisme avec comme principe « le plus grand bonheur au plus grand nombre ». La politique fut aussi ébranlée avec les théories de Marx, Angel et Proudhon qui voulaient modifier les conditions de vie des ouvriers par un changement radical des structures économiques et politiques de la société. Les mouvements anarchistes aussi sont à la vogue, ils refusent toute contrainte découlant des institutions et proposent une société dans laquelle les individus coopèrent librement dans une sorte d’autogestion. Le nihilisme qui considère le monde comme dénué de toute signification de tout but et de toutes valeurs. C’est dans ce contexte que se situe l’approche de Nietzsche qui n’est autre qu’un rejet des valeurs morales chrétiennes (luthériennes) dont il démontre l’origine et la vacuité.

- La généalogie de la morale de Nietzsche.

Cet ouvrage important de Nietzsche a d’abord pour but de montrer à travers une évolution historique que la morale est une invention humaine. L’importance même de ce sujet se retrouve dans le style de cette œuvre. En effet, la généalogie de la morale et l’étude sur la naissance de la tragédie sont ses seules œuvres construites sur le mode dissertatif contrairement à son style bien connu d’aphorismes, de citations et autres textes courts. Il réduit la morale à un fait historique qu’il faut interpréter, elle n’est plus absolue ou universellement présente en chaque homme de façon innée, mais la morale devient individuelle, évolutive et soumise aux caprices de l’histoire. Ce livre (la généalogie de la morale) qui comporte trois dissertations entend d’abord dépasser les criticismes de Kant qui n’a pas osé critiquer la religion, et aussi pour répondre à Schopenhauer, le philosophe pessimiste qui avait trouvé dans le vouloir vivre de Nietzsche une absurdité face à la réalité pessimiste de la vie. Dans l’introduction, il cherche à déterminer qui a inventé la morale, « qui a inventé les jugements de valeurs bon et méchant ». Il est clair pour l’auteur que la morale c’est le produit d’un petit nombre. Il va essayer de voir comment ses valeurs morales se développent-elles en occident et montrer la nécessité d’une nouvelle exigence celle d’une critique de ses valeurs morales.
Dans la première dissertation intitulée « Bon et méchant » « Bon et mauvais », l’enquête historique et philologique de Nietzsche lui permet de déterminer deux sortes de morales : celle des aristocrates (créateurs, maîtres) et celle des esclaves (faibles, impuissants). Il revient sur l’origine du Bon et du mauvais en prenant pour point de départ la révolte des esclaves dans la morale. Pour lui, « le soulèvement des esclaves dans la morale commence lorsque le ressentiment devient lui-même créateur et engendre des valeurs » La généalogie de la morale page 35 -10. Lorsque l’esclave réussit par à imposer un acte intellectuel par lequel il tient le maître responsable de sa condition, les mauvaises valeurs comme la pitié, triomphent en ce moment des valeurs aristocratiques issues de l’affirmation de soi. Montrer du doigt le maître en tant que méchant permet à l’esclave de se poser en bon, du coup le gueux devient le bon et l’aristocrate, le méchant. Cette situation a été illustrée dans la généalogie de la morale page 31-7, en remontant dans l’histoire l’exemple des juifs israéliens esclaves des Égyptiens. « Ce sont les juifs qui, avec une effrayante logique osèrent retourner l’équation des valeurs aristocratiques (bon = noble = beau = heureux = aime des dieux) et qui ont maintenu ce retournement avec la ténacité d’une haine sans fond (la haine de l’impuissance). La deuxième dissertation se propose de montrer l’origine de la mauvaise conscience, de la naissance de la faute. Il voit dans le prolongement d’un ressentiment et de son retour contre soi l’essence de la mauvaise conscience. Comme il le dirait c’est l’aigle qui, qualifié de rapace et de méchant coupable par l’agneau, l’accepte et se culpabilise à son tour. La mauvaise conscience est donc un retournement de la force contre elle-même, une douleur intérieure qui s’intériorise et qui pour se libérer a besoin d’un mea culpa, d’un châtiment, elle est contraire à la morale. En clair, l’esclave qui a réussi déjà à montrer que son maître était responsable de sa situation se pose en bon ce qui fait de son maître le mauvais; un mauvais qui non seulement voit en son esclave le bon, mais aussi le responsable de son état. Cette responsabilité fautive du maître entraîne une culpabilité qui a besoin de repentance. Après avoir pensé l’origine de la morale, puis des valeurs, Nietzsche donne du sens aux idéaux ascétiques. Cet idéal pour lui referme toutes les fictions que la morale et la connaissance ont pu produire jusqu’à présent. Par lui l’homme trouve des réponses qui ont pour lui du sens, des questions qui l’ont toujours hanté. Mais il ajoutera que: jusqu’à présent l’idéal ascétique a été a tous égards le « faute de mieux » par excellence.( La généalogie de la morale page 198-28). Finalement, l’idéal ascétique, ce n’est pas la souffrance, c’est le non-sens de la souffrance puisque le sens que l’homme cherchait a sa souffrance, il le trouve cet idéal.

– La philosophie morale de Nietzsche.

Pour Nietzsche, la morale se définit comme l’ensemble des mœurs communément admises, c’est la conformité aux choses qui sont bonnes ou jugées bonnes. L’on ne peut et l’on ne doit questionner la morale puisque par essence, elle est jugée bonne et tout homme aspire à faire le bien. Mais en rendant la morale libre de toutes critiques elle réduit l’homme de sa puissance créatrice et l’empêche de s’affranchir, de vivre cette vie qui doit être la sienne et qui est celle de créer. La morale est donc au-dessus de tout et c’est ce qui la rend en fait questionnable selon Nietzsche. Comme il le dit si bien dans l’introduction de son essai, « il faut commencer par mettre en question la valeur même de ses valeurs » Généalogie de la morale introduction 6. Qu’est ce que c’est que cette morale que l’on ne peut questionner? Pour lui ce qui compte en premier c’est la liberté de pensée, la liberté de questionner tout y compris le moral elle-même. La morale ne permettant pas dans une large mesure de questionner ce qu’elle juge bon, Nietzsche en conclura que pour vivre bien il faudrait que l’homme vive par-delà le bien et le mal. Il rejette ainsi les critères traditionnels du bien et du mal, et voit dans le monde deux types de personnes: les faibles (les esclaves), dont la morale est le résultat d’un ressentiment et dont les valeurs suprêmes sont la pitié, l’humilité le pardon et l’altruisme. Ces valeurs conduisent sans aucun doute à une dépréciation de soi, l’esclave a peur de vivre pleinement car vivre pleinement implique une liberté de penser et une affirmation de soi. En revanche, la morale des forts (maîtres) procède d’une affirmation de soi et consiste à la glorification de la vie, en d’autres termes ils sont des créateurs et ils agissent dans le monde.
Il faut voir que le philosophe à l’opposé de Kierkegaard qui proposait un christianisme authentique et une morale individuelle ne propose rien. Nietzsche part du fait que la religion, du moins celle luthérienne est l’apanage des gens qui ne sont pas capables de concevoir pour eux-mêmes comment vivre et font de Dieu garant de la morale. Pour lui Dieu est mort, « en vérité, en vérité je vous le dis ce Dieu n’a été que votre plus grand malheur, vous êtes sauvés que depuis qu’il gît dans sa tombe, Dieu est mort… » Ainsi parlait Zarathoustra. Dieu comme législateur de la morale occidentale est mort, il n’existe plus. La mort du Dieu législateur de la morale occidentale entraîne une réorganisation; la morale n’existe plus mais il y a la vie, la vie qui est en nous. Cette vie symbolisée par Dionysus (dieu du vin et de la fécondité dans la mythologie grecque) n’est rien d’autre que pulsion, désir, orgueil, violence et sensualité. Ce n’est pas une vie de raison, mais de pulsion. La question qui revient est donc si l’on est prêt à assumer la vie qui est en nous. Cette vie dont il parle est la volonté de puissance (traduction qui n’est pas très correcte car en allemand, le terme: « will zur mach » signifierait plutôt volonté vers la puissance). La vie est volonté vers la puissance, c’est l’essence de l’être; c’est elle qui fait mouvoir l’être. C’est une force qui pousse à être, une pulsion féroce qui met l’être face au choix de se surpasser ou de renoncer à ce dépassement de soi. L’homme moral est celui qui assume la tâche d’affronter cette pulsion et qui finit par la maîtriser, cette maîtrise fait de lui un noble, un maître, un surhomme qui vit pleinement sa vie et qui se moque du bien et du mal car ce qui compte c’est la réalisation de soi, la liberté et l’affirmation de soi. Au contraire le faible ou l’esclave qui continue à croire en Dieu et à sa morale et se dérobe de cette volonté de puissance. Il fait partie du troupeau et est incapable de vivre pleinement, de surpasser cette pulsion qu’il refoule pour finalement se perdre dans les attitudes de dénégations défensives en refusant par la même d’accepter les conditions fondamentales de la vie. Il choisit la volonté du néant.
Remarquons que pour Nietzsche, le christianisme a ramolli l’homme en lui miroitant une récompense dans un au-delà qui est inexistant, un néant. C’est ce nihilisme qu’il faut combattre, car L’homme ne croit plus en ces vertus qui sont nées d’un long exercice de préjugées conventionnelles. Au départ et comme le dit Nietzsche, « la vie se fiche de la morale ». Au-delà des valeurs chrétiennes, les bases Kantiennes de la connaissance, de même que le rationalisme scientifique n’a aucun sens car les idées demeurent avant tout des idées et sont incapables de changer le monde; la vie à montrer que la volonté a toujours le dessus sur la raison et la connaissance. Ce n’est ni la vertu, ni la vérité qui anime l’homme mais la pulsion du vouloir vivre. La religion en voulant instaurer l’inverse n’a fait que confiner l’homme dans « une morale d’esclave ». l’homme, pour bien vivre doit se réaliser et ainsi devenir un surhomme. La finalité morale de l’homme, le but à atteindre pour tout être c’est devenir selon Nietzsche un surhomme, Il affirme donc que « l’homme est une corde tendue entre la bête et le surhomme ». C’est être celui qui est capable de créer ces propres valeurs, qui a la force d’accepter la vie concrète, la vie telle qu’elle est, une vie dénuée de tous les artifices sans sombrer dans les attraits d’un au-delà semblable à un arrière monde invisible et éternel. Le surhomme, c’est justement celui qui transcende la réalité factuelle grâce à une force créatrice sans cesse renouveler. C’est celui qui fait avec le désespoir le plus profond, l’espoir le plus invincible; pour lui la quête de la vérité devient une tache sans fin, puisque la vérité réside elle-même dans l’acte de dépasser toute prétendue vérité. Il n’y a aucune croyance, aucun dogme, aucune certitude, si ce n’est le dépassement de soi. Le surhomme est un homme libre, cette liberté signifie que les instincts virils prédominent sur tous les autres même sur ceux du bonheur « L’homme devenu libre, combien plus encore l’esprit devenu libre, foule aux pieds cette forme méprisable de bien-être dont rêvent les épiciers, les chrétiens, les vaches, les femmes, les Anglais et d’autres démocrates.». La morale chrétienne doit être remplacée par l’Amor fati ou l’amour du destin, le consentement au monde tel qu’il est, c’est l’attitude du surhomme. L’Amor fati, c’est : « vis comme si dans tout ce que tu veux faire, tu veuilles le faire un nombre infini de fois » le monde ne parviendra jamais à son point d’équilibre et se déroulera toujours sur lui même en un éternel retour. Cet éternel retour est cette vie qui est inlassable et qui reviendra toujours. Notre action est morale lorsque cette action est telle que l’on consentirait à la répéter indéfiniment.
Nietzsche définit ainsi une morale d’élite, Dieu est mort emportant avec lui le bien et le mal, les forts l’ont compris et tendent vers le surhomme, les faibles vont continuer à croire en Dieu c’est la logique de la vie. Le but premier du surhomme n’est pas la domination du troupeau, cependant dans le développement de sa puissance, il va attirer dans son sillage le troupeau ou peut être même l’exploiter, mais cela aussi fait partie de la logique de la vie. L’éthique qu’il propose se retrouve chez les présocratiques qui étaient selon lui créateurs de valeurs, ils étaient capables de supporter la vie et avancer sans égard au troupeau. C’est une approche très critique de la morale et de ses fondements qui évidemment se prête a des critiques.

Les critiques.

Ce que nous propose Nietzsche c’est une morale des forts pas toujours au détriment des faibles mais la possibilité même que le fort écrase le faible existe et ne l’effraie pas du tout. Il est sans considération pour ceux qu’il appelle le troupeau, alors que ces derniers représentent la majorité de la société. Du point de vue de la volonté de puissance, le faible est donc celui qu’on peut mépriser, ou maltraiter bref celui qu’on peut considérer comme étant inférieur et faire souffrir car « voir souffrir fait du bien faire souffrir encore plus de bien. » Généalogie de la morale dissertation 2. Est ce qu’une volonté de puissance sans considération de la vie est normale? nous pensons que la vie est à respecter même si on l’assimile à la volonté de puissance ou autre chose, on ne peut sous prétexte d’une force ou d’un élitisme, détruire une autre vie. Cette volonté de puissance implique qu’il n’y a pas de valeurs universelles. Qu’il n’y a de valeur ou de force qui s’impose sans que d’autres valeurs ou forces ne soient détruites, vaincues ou anéanties, ne doit être qu’une conception étriquée, égoïste et dangereuse. On ne peut ne pas constater l’universalité de certaines valeurs liées à la vie. Le faible peut l’être ou le devenir par suite de maladie ou autres aléas que l’existence donne. Est –il donc faible et par conséquent méprisable, celui qui a une maladie neurologique l’empêchant de vivre pleinement? cette manière de voir les choses même si on peut penser que ce n’est pas le but primordial du surhomme ouvrent la porte à beaucoup de groupuscules qui prônent une certaine domination dans la société. Il soulève ainsi la question de savoir si les nazi ou les négriers étaient en droit de mépriser les juifs ou les noirs.
Il se pourrait en effet que l’être ne soit pas juste faible par paresse ou par destin, mais intérieurement faible. Je veux ici parler d’un enfant, qui même s’il est destiné à devenir un surhomme, a besoin du temps pour développer cette vitalité qui doit le propulser à mordre dans la vie. Alors qu’advient-il quand son intérêt croise celui d’un surhomme égoïste accompli ? le triste constat est que Nietzsche ne prévoit pas une exception dans la faiblesse, cependant la faiblesse humaine, celle de l’enfant, est telle qu’elle a besoin d’être universellement protégée. Il y a des valeurs universelles dans la vie, il y a des valeurs qui sont nécessaires pour la vie en société et pour la pérennité de notre civilisation. On ne peut renier ces valeurs de compassion, de pitié sans transformer la société en une jungle ou le plus fort triomphera. Nietzsche se pose en successeur de Dionysos pour s’attaquer à Socrate ou tout au moins aux valeurs qu’il a engendrées et au christ dont les enseignements constituent la base de la morale chrétienne. Mais comme il le dit, lui-même croit en la vie, d’autre part on peut voir dans l’évangile selon Saint Jean que jésus affirme, « je suis le chemin, la vérité et la vie » doit-on voir en Jésus un surhomme ? si oui, cette hypothèque est intéressante du fait que Jésus toute sa vie a prôner, les valeurs de pitié, d’humilité, de charité etc. Sans toute fois sombrée dans une glorification de la morale chrétienne propre culte religieux et aux Chrétiens, on peut affirmer que Jesus avait tout d’un surhomme qui a entraîné dans son sillage un bon nombre de fidèles et qui s’est pleinement réalisé dans sa vie. Si telle hypothèse est vraie alors la philosophie morale Nietzschéenne ne serait qu’un ressentiment du faible (l’auteur) qui est pris dans la spirale de renversement des valeurs.
Francis Fukuyama dans la fin de l’histoire et le dernier homme disait ceci: « Un chien est heureux de dormir au soleil toute la journée, pourvu qu’il soit nourri, parce qu’il n’est pas insatisfait de ce qu’il est. Il ne se soucie pas de ce que d’autres chiens fassent mieux que lui, ou que sa carrière de chien soit restée stagnante. » telle est peut-être une image d’un faible qui se prive de création, mais a-t-on besoin de créer ou de se surpasser ? Et si l’on aspire à vivre une petite vie tranquille? Le fait même de conceptualiser et d’intégrer cette manière de vivre et de manifester ce désir de vie tranquille est en un sens une force. C’est justement ne pas être insatisfait, de ce que l’on est et de retenir ses pulsions qui poussent à la jalousie, à l’envie et autres, en un mot c’est se surpasser. Alors Pourquoi faudrait-il manifester une grandeur instinctive si l’on peut très bien vivre dans une tranquillité, dans une petite vie tranquille ? Certes nos pulsions nous poussent à la violence, à la conquête et autres désirs, mais la religion (ici je prends le cas précis de la religion, mais ça pourrait être toute croyance qui retient les pulsions humaines) pose des valeurs qui sont des freins à ses désirs sans quoi l’homme, même le surhomme finirait par ne plus exister puisqu’il aurait finalement détruit sa propre civilisation.

Conclusion.

Nietzsche est un grand philosophe qui a eu une très grande influence sur le 20e siècle, et ses écrits sont toujours d’actualité. Cette actualité concerne surtout la philosophie continentale (Europe continentale), et ce sont les artistes,essayistes et romanciers qui sont les premiers à manifester de l’intérêt à sa pensée Khalil Gibran, André Gide, Thomas Mann et autres). Ces dernières années, de nouveaux philosophes s’insurgeant contre l’idéologie de gauche ont tenté de glisser la pensée de Nietzsche dans un anti-humanisme barbare et condescendant. On l’a même accusé de nazisme, cependant une recherche studieuse et non partisane montre qu’il était loin du nazisme et qu’il dénonce même le ressentiment accumulé à l’égard des juifs chose assez rare pour son temps. Le professeur Louis Godbout a écrit dans son essai Nietzsche et la probité, que « ce n’est plus à l’objet de sa recherche qu’on doit juger le philosophe, mais à l’exigence interne de son questionnement. Le critère déterminant n’est plus la vérité ou la fausseté des thèses mais la vertu du penseur.» C’est une manière assez juste de voir l’œuvre et la vie de cet auteur, caractérisées par une ambivalence. Il a une plume qui ne laisse pas indifférente, qui choque. Mais cet aphorisme n’est pas accidentel même si on juge de sa santé mentale. C’est plutôt une manière d’écrire qui choque par son caractère succinct et son autosuffisance et en cela il provoque d’autres pensées. C’est donc un guide qui ouvre la porte à d’autres réflexions car il ne prétend pas tout dire ni le tout sur un sujet, mais il dégage le champ à de nouvelles perceptions et d’autres considérations. Il se pose en chercheur de vérité, mais en même temps il se fait le plus virulent critique de cette notion. Il vit dans le modernisme et rêve d’un passé présocratique et le tout dans une lucidité qui choque. Cette contradiction est peut-être une manière d’exorciser sa tragédie intérieure, reflet d’une vie jalonnée de perte de personnes et d’amitié. Mais à travers tout on verra en lui celui qui a montré que la crise de la morale (la morale chrétienne) n’est pas en soit la fin de la sagesse, ni l’avènement d’un chaos, mais le début d’une nouvelle réflexion. Il a influencé le mode de pensée du 20e siècle et servi de tremplin à d’illustres penseurs comme Albert camus, Freud et autres.
Pour tout conclure on ne peut être que défenseur de la pensée de Nietzsche car en refusant l’idée d’une vérité toute faite de la morale, il renforce le doute méthodique si cher à Descartes, et ouvre à la science des voies jusque-là inexplorées. Il a le mérite de déterminer l’homme et ses pulsions préalablement à la morale et une généalogie de celle ci. Mais la morale peut empêcher une société de partir à la dérive pour ainsi finir dans l’horreur, si on laisse l’homme à ses pulsions. La morale reste une valeur qui évolue dans le temps et le bien d’aujourd’hui n’est nécessairement pas celle de demain. C’est cette évolution de la morale, peu importe la manière donc elle survient qui est le moteur du développement humain et le garant de notre civilisation.

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